Le Sémaphore Neodien
Première année
Numéro 1
Offert par la SNIF
Diffusion : tout le Royaume

Le Sémaphore Neodien

Journal industriel et économique du Royaume de Neody

Dernière heure

Le château du père d'Aldwin attaqué par le Héraut solaire

Dans la soirée du vendredi 16 octobre, une entité d'une force redoutable s'en est prise au château. Prévenu à temps, le Royaume avait réuni sept citoyens, qui sont parvenus à la repousser.

Le Héraut solaire, entité en armure dorée portant un bâton, dans une clairière au pied des murs d'un château.
Le Héraut solaireL'entité en armure dorée, aux abords du château.

L'attaque a eu lieu dans la soirée du vendredi 16 octobre. Le château du père de notre seigneur Aldwin a été pris pour cible par le Héraut solaire, une entité d'une force redoutable. Ses motivations restent à ce jour inconnues.

Une menace anticipée

Le Royaume avait su prédire la menace. Sept valeureux citoyens avaient été rassemblés à l'avance pour y faire face. Ils sont parvenus à terrasser l'entité, ou à tout le moins à la repousser.

Car le doute demeure : aucune trace de sa mort n'a été retrouvée. Le Héraut solaire pourrait donc toujours rôder sur les terres de Neody.

Nos journalistes poursuivent leur enquête. Le Sémaphore Neodien reviendra sur cet événement dans son prochain numéro.


Ouvrages d'art

Le Pont de l'Homme Libre ouvre Trass et Trou de Gueule au Royaume

Achevé le 12 octobre, l'ouvrage signé Numéro Six fait la jonction entre deux fleuves. Pour lui faire place, la voie ferrée a été redessinée, avec des courbes plus douces pour les voyageurs.

Le passage maçonné du Pont de l'Homme Libre, bordé de lanternes, s'enfonce sous le remblai ferroviaire. Une borne portant le chiffre 6 marque son entrée.
TrassLe passage du Pont de l'Homme Libre, bordé de murets et de lanternes, file sous le remblai de la voie ferrée. La borne n° 6 marque son entrée.

TRASS. Il aura fallu déplacer une ligne de chemin de fer pour y parvenir. Le lundi 12 octobre, Numéro Six a achevé le Pont de l'Homme Libre, un ouvrage d'art qui relie deux fleuves jusqu'ici séparés. Les villes de Trass et de Trou de Gueule disposent désormais d'une liaison avec le reste de Neody.

Pour ces deux villes, l'enjeu est réel. Restées à l'écart des grands axes, elles gagnent avec cette jonction un accès direct vers les autres colonies du Royaume, et avec lui la possibilité d'échanger plus facilement.

L'ouvrage prend la forme d'un passage maçonné en pierre, bordé de murets et éclairé de lanternes, qui passe sous le remblai ferroviaire. À son entrée, une borne frappée du chiffre 6 signe le travail de son auteur. Le nom de l'ouvrage est gravé au fronton.

Une voie ferrée repensée

Le chantier imposait une contrainte de taille : la ligne de chemin de fer existante coupait le tracé du nouvel ouvrage. La voie a donc été déplacée pour passer au-dessus du pont.

Ce déplacement a été l'occasion de revoir le tracé en profondeur. Le nouveau parcours a été étudié pour offrir des courbes plus douces, au bénéfice direct du confort des voyageurs.

Le Pont de l'Homme Libre montre le type d'ouvrages dont le Royaume a besoin pour relier ses colonies : des réalisations solides, pensées à la fois pour le fleuve et pour le rail.

Vue aérienne : la nouvelle voie ferrée décrit une courbe douce et passe au-dessus de l'entrée du Pont de l'Homme Libre.
Le nouveau tracéVue d'en haut : la voie ferrée déviée enjambe l'entrée du pont en décrivant une courbe plus douce qu'auparavant.

Infrastructures

Gare centrale : la SNIF reprend le chantier et voit plus grand

Le contrat avec l'ancien prestataire a été rompu à l'amiable, et le chantier repart sous la direction de la SNIF. Le projet retenu, approuvé par toutes les parties, prévoit une gare entièrement nouvelle à la place de la structure actuelle.

Vue d'artiste de la future gare centrale : grande halle vitrée, quais couverts et façades en pierre sombre au coucher du soleil.
Vue d'artisteLa future gare centrale telle que la projette la SNIF : grande halle vitrée, quais couverts et façades en pierre sombre.
La structure actuelle de la gare : une halle inachevée en pierre sombre au milieu des voies, avec un train à quai.
État actuelLa halle inachevée laissée par l'ancien prestataire, au milieu des voies. Elle sera démolie pour laisser place au nouveau bâtiment.

La Société néodienne de l'industrie et du ferroviaire (SNIF) a annoncé la reprise officielle des travaux de la gare centrale de Neody. Le chantier était à l'arrêt depuis plusieurs mois : l'ancien prestataire l'avait quitté sans fournir les justifications nécessaires.

La SNIF a choisi de reprendre directement la main sur ce chantier stratégique. Elle ne se contente pas de terminer l'existant : le projet retenu prévoit une gare entièrement repensée, livrée selon ses propres standards de qualité.

Un dossier refermé à l'amiable

L'ancien prestataire s'est depuis manifesté auprès de la SNIF. Il a indiqué ne pas être en mesure de poursuivre les travaux, et le contrat a été rompu à l'amiable. Il a par ailleurs approuvé les nouveaux plans de la gare. La SNIF peut ainsi mener le projet à son terme sur des bases claires.

Repartir sur des bases saines

Ce nouveau projet implique la démolition de la structure actuelle, héritée de l'ancien prestataire. Elle laissera place à un bâtiment à la mesure du rôle que doit jouer la gare. D'après la vue d'artiste dévoilée par la SNIF, la future gare comptera une grande halle vitrée, des quais couverts et des façades monumentales. Les équipes et les moyens techniques de la SNIF sont déjà mobilisés.

Un carrefour pour tout le réseau

La gare centrale doit devenir le nœud du réseau de transport de Neody. Elle permettra de fluidifier les échanges, de renforcer la connexion entre les colonies et de soutenir le développement économique de tout le territoire.

Réseau ferré

La SNIF double une portion de voie et prépare trois réouvertures

Entre le 13 et le 14 octobre, les équipes de la SNIF ont réhabilité plusieurs tronçons. Une portion désormais à double voie accueillera bientôt trois lignes.

Les travaux ont été menés en deux jours. Entre le 13 et le 14 octobre, la SNIF a réhabilité plusieurs portions de voies du réseau et a doublé l'une d'entre elles.

Ce doublement anticipe la suite. Une fois les prochains travaux achevés, trois lignes emprunteront ce tronçon, qui deviendra l'un des plus fréquentés du réseau. Avec deux voies, les trains pourront y circuler dans les deux sens sans se gêner.

Carte du réseau autour de la gare centrale : les voies apparaissent en rose, avec le faisceau de la gare en haut à droite.
Carte du réseauLes voies apparaissent en rose. La gare centrale et son faisceau de voies se trouvent en haut à droite.
Lignes appelées à rouvrir
LigneÉtat
Gare centrale · Ville d'Aldwin · Windknight's LotRéouverture prévue
Gare centrale · Centre industrielRéouverture prévue
Gare centrale · HagiapolisVoies à reprendre entièrement

La ligne vers Hagiapolis demandera le plus d'efforts : les voies déjà en place doivent être entièrement retravaillées avant toute réouverture.

La SNIF recrute
et cherche des partenaires

Pour mener à bien le chantier de la gare centrale, la SNIF recherche des membres ou des entreprises disposant des compétences suivantes.

Terraformation

Modeler et adapter le terrain selon les besoins du projet et de l'environnement.

Planification routière

Concevoir des routes en tenant compte de l'environnement et des flux de transport.

Ouvrages d'art

Expérience dans les ponts, tunnels, gares et viaducs.

Candidatures auprès du canal officiel de la SNIF ou de ses représentants sur le terrain.


Patrimoine ferroviaire

Fin de parcours pour La Longue Veille

Endommagée par une tempête, marquée par l'assassinat de son conducteur, la toute première locomotive de Neody va être démantelée. La SNIF invoque des coûts d'entretien trop élevés et un matériel inadapté à la petite ligne qu'elle desservait.

La Longue Veille, locomotive à vapeur sombre et ses voitures rouges, sur les voies devant un grand bâtiment de brique.
La Longue VeilleLa première locomotive à avoir parcouru les terres de Neody, avec son tender et ses voitures rouges.

Une page de l'histoire du rail néodien se tourne. La SNIF a annoncé le démantèlement de La Longue Veille, la toute première locomotive à avoir parcouru les terres de Neody. Immobilisée depuis le 29 août, elle ne reprendra pas du service.

Vingt-cinq jours de service

La Longue Veille a assuré son premier service le 4 août. Elle reliait la gare centrale à Spawn, puis à Windknight's Lot, alors capitale du Royaume. Pendant vingt-cinq jours, jusqu'à son immobilisation le 29 août, elle a été le visage du rail néodien.

Une série de coups durs

Les ennuis ont commencé avec une tempête. Une lanterne arrachée par le vent est tombée sur le dernier wagon, qui a entièrement brûlé. La tempête a aussi endommagé la locomotive elle-même : un essieu et un cylindre ont été détruits.

Le pire restait à venir. Lors d'une inspection de la machine, son conducteur a été sauvagement assassiné dans la cabine. Le suspect n'a jamais été retrouvé.

Une décision pesée

Selon la SNIF, deux raisons ont accéléré le démantèlement. L'entretien de la locomotive représentait un coût trop élevé, et son gabarit était mal adapté à la petite ligne qu'elle desservait.

Les dégâts subis pèsent aussi dans la balance. Réparer l'essieu et le cylindre détruits serait bien plus complexe et plus coûteux qu'un simple remplacement de la locomotive. Ce remplacement n'aura pas lieu pour autant, pour les mêmes raisons : une machine de ce type resterait trop chère à entretenir et mal adaptée à la ligne.

La SNIF rappelle aussi qu'à l'origine, La Longue Veille était davantage une vitrine qu'un véritable produit. Sa mission de démonstration est accomplie : le réseau qu'elle a aidé à faire naître porte aujourd'hui des projets d'une tout autre ampleur.

La relève est assurée

La ligne ne restera pas sans desserte. Une fois remise en service, elle sera assurée par une Lynx A-220D, une automotrice de 50 mètres qui offre 32 places assises. Sans locomotive ni tender à entretenir, ce matériel répond directement aux limites qui ont condamné La Longue Veille.

Ce choix a toutefois un prix. Compacte et peu coûteuse, la Lynx A-220D fait perdre du prestige à la toute première ligne du Royaume. La Longue Veille était un exemplaire unique ; la Lynx est un modèle de série, que chacun peut acheter.

La SNIF en est consciente. Elle étudie la création d'un nouveau modèle unique, destiné à une autre ligne passant par Spawn, future Ville d'Aldwin. Les distances parcourues sur cette ligne justifieront de tels moyens.

L'œuvre du fondateur

La locomotive est l'œuvre de Frieren Tanezaki, premier dirigeant de la SNIF, à l'époque où l'entreprise s'appelait encore Neody Transport System (NTS). Son destin reste lié à elle : lors d'une opération d'entretien des voies, un instant d'inattention lui a été fatal, et il a été percuté par cette même locomotive.

Ce qui restera

La Longue Veille ne disparaîtra pas tout à fait. Une photographie de la locomotive sera exposée dans les locaux de la SNIF. Les deux wagons restants seront soumis à une inspection approfondie et, s'ils sont jugés en bon état, réattelés à d'autres trains du réseau. Enfin, tous les matériaux de la locomotive seront recyclés pour construire de nouvelles locomotives : une part de La Longue Veille continuera de rouler sur les voies du Royaume.

La Lynx A-220D, automotrice bleue à deux caisses, sur les voies près de la gare centrale.
La relèveLa Lynx A-220D assurera la ligne Gare centrale · Spawn · Windknight's Lot dès sa remise en service. Automotrice de série, 50 mètres, 32 places assises.
Feuilleton · Ceux que les lignes retiennent Épisode 1

Avant la lumière

Gravure : des silhouettes pâles rassemblées au cœur du vide, traversé de longs courants d'énergie lumineux.

Il n’y avait rien à voir, car rien n’avait encore été fait pour être vu. Il n’y avait rien à entendre, car le son n’existait pas. Il n’y avait que le vide, immense, traversé de courants d’énergie. Et au cœur de ce vide, quelque chose commençait à exister.

Il ne savait pas ce qu’il était. Il ne savait même pas qu’il était. Il percevait seulement : des pressions, des tiédeurs, des tensions qui le traversaient sans prévenir puis se retiraient. Certaines l’attiraient, d’autres le repoussaient. Il n’avait aucun mot pour cela. Les mots non plus n’existaient pas.

Il dériva. Combien de temps, nul n’aurait su le dire : le temps lui-même n’avait pas encore de mesure.

Puis il sentit autre chose. Une présence qui n’était pas un courant, mais qui lui ressemblait. Il s’en approcha, et l’autre ne s’éloigna pas.

Il en rencontra d’autres. Un, puis plusieurs, puis davantage encore. Aucun d’eux ne songea à compter. Ils se reconnaissaient sans savoir pourquoi, comme les fragments d’une même chose.

Lorsqu’ils furent assez nombreux, la sensation changea. Quelque chose d’apaisant les enveloppa, une douceur qui ressemblait presque à une voix. Et pour la première fois, ils entendirent.

Était-ce vraiment une voix ? Ou leurs esprits naissants donnaient-ils une forme à ce qu’ils ne pouvaient comprendre ? Nul ne le sut jamais. Mais ce qu’ils avaient pris pour d’étranges sensations se révéla être tout autre chose : les lignes énergétiques, qui parcouraient le vide depuis toujours.

Elles leur dirent qu’ils avaient été créés pour combler un manque.

Qu’ils avaient le pouvoir de changer ce qui les entourait.

De créer de nouvelles règles.

Puis le silence revint.

Changer ce qui les entourait… mais pour en faire quoi ?

L’un d’eux parla le premier. Il proposa de créer d’autres êtres, conscients comme eux, mais vivant dans un monde différent de ce vide.

Un autre ne s’y opposa pas, mais il calcula. Une telle œuvre, expliqua-t-il, exigerait une quantité d’énergie phénoménale. Aucun d’eux n’y parviendrait seul. Il faudrait se partager la tâche : que chacun choisisse un domaine, et s’y consacre jusqu’à le maîtriser entièrement.

Les âges à venir connaîtraient cette entité sous le nom de Maître Stratège.

Ainsi naquirent les Maîtres.

Celui que l’on appellerait le Maître de la Réalité prit en charge ce que nul autre n’aurait pu porter. Car ils ne créèrent pas un univers, mais une multitude : des réalités innombrables, superposées, résidant en un même lieu. C’est lui qui les façonna. C’est lui qui veilla sur elles.

Les étoiles s’allumèrent. Les lois prirent forme. La vie apparut sous mille visages, et parmi eux une espèce fragile et obstinée : l’humanité.

Les siècles passèrent.

Lentement, quelque chose s’installa chez les Maîtres. Ils connaissaient tout de ce qu’ils avaient créé. Rien ne leur résistait, rien ne les surprenait plus. Ils regardaient leurs créations lutter, échouer, découvrir, aimer. Et ils comprirent qu’ils les enviaient.

Le manque n’avait jamais été comblé. Il avait seulement attendu.

Un petit groupe de Maîtres se mit alors à implorer les lignes énergétiques, jour et nuit, de leur permettre de rejoindre leurs créations.

Les lignes finirent par répondre. Elles leur offraient de choisir un corps. Mais ce don avait un prix : une grande part de leur pouvoir, la totalité de leurs souvenirs, et la vulnérabilité de ceux qui peuvent mourir.

Ils acceptèrent.

Avant de partir, ils bâtirent des mécanismes capables de préserver l’équilibre de leur œuvre sans eux. L’évolution était de ceux-là.

Puis ils prirent forme de mortels. Le Maître de la Réalité était parmi eux.

Tous ne virent pas ce départ du même œil. Pour certains des Maîtres restés en arrière, ce n’était pas un choix.

C’était une trahison.

À suivre dans notre prochain numéro.